Départ : Granges d’Astau (1150m)
Niveau / Dénivelé des difficultés / Dénivelé Total : AD+/400m d’escalade/ 2270m (900mJ1, 1370m J2)
TOPOS : « Les plus belles courses de F à D – n°14 – François Laurens – Edition Glénat » ou « Guide Ollivier, Pyrénées Centrales volume III »
Photos : La totalité des photos de cette splendide virée sont accessibles sur :
Pour diverses raisons, nous avons avancé la sortie d’un jour en partant le vendredi à 14h30 de Frouzins sous un beau soleil d’été. Bien nous en a pris (voir la fin du CR).
Nous atteignons les granges d’Astau (1150m) à 16h20, et après avoir dégusté un bon café et une tranche de cake au raisins (merci à mon épouse Corinne !), nous voilà partis assez lourdement chargés vers le bivouac, que l’on installera le plus haut possible.
Le chemin est agréable et c’est en bavardant que nous avançons assez bien. 17h40, arrivée au lac d’Oô (1502m), pause barre/eau, on repart à 17h50 pour passer le col d’Espingo (1967m) à 18h50. Le Spijeole et l’arête tant convoitée se dévoile devant nous.
Nous continuons jusqu’au lieu dit « Coume de l’Abesque » où le sentier du Portillon quitte le sentier du Spijeoles. C’est le dernier plat, à 2099m, et c’est là que nous nous posons à 19h40
Le bivouac (matelas/duvet/sursac) est vite installé, et nous dégustons un bon Pastis © accompagné de diverses friandises, avant d’attaquer notre repas. Une fois de plus, le monde, la montagne et le reste on été refaits…Je me sens assez tranquille, d’une part parce que je suis avec deux compagnons que j’apprécie beaucoup, et d’autre part parce tous les 2 sont initiateurs alpi, et que nous avons l’habitude de grimper ensemble…Le Quayrat s’embrase aux lueurs du couchant. Vers 21h00, il fait 11,5°C et nous plongeons dans nos duvets. Le réveil est réglé sur 4h15.
Très vite, une petite brise, entrecoupée de rafales de Sud se lève. Le ciel reste très clair. La nuit est pour ma part bien hachée de réveils, comme à chaque bivouac, et j’en profite pour mettre mes lunettes plusieurs fois et me gaver les yeux du magnifique spectacle de la voie lactée pile au-dessus de ma tête. Une chute de pierre là-bas, vers le Spijeoles me fait sursauter, puis je crois entendre un bip. Personne ne bouge, je regarde ma montre au hasard. 4h16 ! Ouf, nous avons failli louper le réveil. J’appelle mes compagnons. Nous déjeunons, rangeons tout le bivouac dans des caches dans les rochers, et nous voilà partis « à la pâle lueur des diodes électroluminescentes » à 5h05
Nous atteignons le pied de la voie (2715m) à 7h00. Le jour se lève, le vent s’est bien levé aussi, et des nuages sombres et bistrés balaient le ciel. On décide de faire confiance aux prévisions qui annoncent la pluie uniquement en fin de journée, et on attaque la voie à 7h30
La première longueur (IV inf) est une des plus sérieuses, surtout à froid. Francis passe en tête à l’aise avec ses chaussons. Je regrette amèrement d’avoir tenté en grosses, et je finis par passer tant bien que mal. Je troque mes ‘grosses’ contre mes chaussons au relais – Fini les conneries ! –
Francis enchaîne la 2e longueur (35m, 3b) assez cool, puis Marc prend la suite. Comme dit dans le topo, l’escalade est ensuite agréable et facile, jusqu’au sommet de l’aiguille Jeannel. (5e longueur). Le paysage se dévoile au fur et à mesure qu’on s’élève (lac Glacé, Portillon, Seil de la Baque, Refuge d’Espingo…). Seul le vent fort est désagréable.
Ensuite, il faut descendre une brèche, passer un clocheton, avant de reprendre pied
l’arête qui devient fine et aérienne. Pas dur, mais spectaculaire. C’est Marc qui est devant, puis Francis reprend la tête sur une longueur de 2. A son tour d’avoir quelques sueurs. Alors que
nous sommes en bout de corde, et qu’il nous dit qu’on peut y aller, on entend, juste au moment où on se dévache, un juron suivi d’un bruit effrayant et bien connu : un gros bloc de pierre
dévale le couloir voisin en se fracassant ! Personne dessous, ouf ! La corde n’a pas bougé, donc Francis n’est pas tombé, re-ouf ! En fait il s’agit d’un passage à la fin de cette
longueur qui est complètement pourri. On marche sur un ou deux mètre sur une arête dont les cailloux ne demandent qu’à partir….encore quelques siècles et il y aura une brèche ici…
Nous arrivons à un passage amusant. Un petit mur de 10m en 4c. Francis le passe élégamment en tête. Je le passe en chaussons « sans poser le genou », et Marc le passe à son tour « en grosses ». Une longueur facile, que je vais faire en tête, histoire de porter ma contribution, et voici la dernière difficulté, « une dalle fissurée noire de 20m en 4b ». C’est Marc qui nous fait un festival à l’ancienne , en tête et en « grosses ». C’est vrai que cette dalle est un régal.
Nous sommes à 2915m, les difficultés sérieuses sont finies, il reste toute fois un bon bout d’arête bien venté et assez accidenté que nous passons corde tendue, successions d’a pics, de blocs, de rochers effilés (dont une lame passée à califourchon…)
A 12h30, nous sortons vers 3000m sur le pierrier final. Nous rangeons notre barda, et vers
13h00 nous arrivons en simples randonneurs sur le sommet du Spijeoles (3066m) – Séquence émotion et effusions diverses. Ce fut une belle course, avec son petit lot de stress. Le temps est resté
correct, le vent ne nous a pas renversé, aucune chute de pierre ne nous a écrabouillé. Une pensée émue pour les ouvreurs (Jeannel et Pouech en 1937) qui se sont lancés là dedans avec leurs cordes
de chanvres, leurs godillots, et sans topo, sans savoir si ça allait passer…
Une belle course très variée :face raide au début, arête effilée mais plus facile ensuite, points de vue divers…
Un petit casse-croûte, et nous repartons à 13h25 pour plus de 2000m de descente, car les cumulus grossissent peu à peu, et Francis a dit ce matin en se levant ‘la pluie sera là à 18h00’
On prend son temps et des photos quand même. Ce serait bête de se faire mal en descendant….
15h30 Arrivée au bivouac, on refait les sacs et on repart lourdement chargés à 15h40
Nous croisons un groupe de Ramonville conduit par notre ami Gilles Fouvet, qui monte au Portillon pour faire une course d’arête demain, puis un groupe de jeunes du CAF dont nous connaissons le « leader ». 20 ans, chargés comme des mules, pas une goutte de sueur, et heureux de partir 4 jours en montagne pour enchaîner diverses voies. La relève est là, ça fait plaisir !
17h30, il fait encore beau et je dis en Francis ‘j’ai du mal à croire à la pluie à 18h00’
17h45, le ciel est tout noir !
18h00 : les premières gouttes glacées nous accueillent au parking !!
Une bière, puis la route sous la pluie et 15°C jusqu’à Frouzins!
On a bien fait d’avancer d’un jour….