10 Juillet 1847
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Barèges, 2 heures du matin. Deux hommes partent furtivement dans la nuit. Contrebadiers? Non, pas du tout. Ce sont deux pyrénéistes de talent; Vincent Chausenque, âgé de 65 ans, et
son guide barégeois Bastien Teinturier. Ils ne savent pas que cette journée va les faire entrer dans l'histoire, puisqu'ils vont réaliser la première ascension du Néouvielle, ce sommet dont
Chausenque est amoureux depuis plus de 40 ans. Ce sommet qu'il n'avait pas encore pu atteindre. Après une heure et demie de progression, ils laissent leurs chevaux et continuent à pied, armés
d'un simple bâton. Commence alors une interminable ascension du vallon de la Glère. Arrivés au lac du même nom, nos deux hommes font une pause déjeuner sur l'herbe. Bien sûr, le refuge du même
nom n'existe pas encore. Puis ils repartent; il leur reste 900 mètres d'ascension. Au lieu d'attaquer le pic de face, ce qui l'avait déjà conduit à l'échec, Chausenque part sur la gauche, vers
une brèche qu'il avait déjà aperçue dans la grande crète rocheuse qui descend du sommet vers le nord. Avec difficultés, dans la neige ramollie au soleil, ou encore dure à l'ombre, il finit par
franchir ce passage, qui désormais portera son nom, la brèche Chausenque. Il est maintenant 9 heures du matin, et nos deux hommes se trouvent sur une vaste pente neigeuse qui domine le lac
d'Aubert, 800 mètres plus bas. Ne trouvant pas de passage par les rochers, ils entreprennent une vaste traversée de cette pente neigeuse, armés de leur seul bâton ferré. La traversée terminée,
ils prennent pied sur l'arète sommitale. A midi, soit 10h après avoir quitté Barèges, Chausenque atteint ce sommet si longtemps désiré. Lui, le marcheur, le poète, vient de réaliser à 65 ans une
première à 3091m d'altitude. Goûtant son bonheur, il passera trois heures en contemplation sur le sommet. Puis c'est la descente, et le retour à Barèges à 19 heures, soit au terme d'une course de
17 heures! Comme toujours, une fois vaincu, le sommet ne connaît plus de répit. Quatre jours plus tard, le même guide Bastien Teinturier y conduira le duc de Nemours. Chausenque ne remontera plus
si haut, mais il marchera encore 16 ans dans les Pyrénées. C'est à 81 ans, en 1863, qu'il fait sa dernière ascension, le Cabaliros, au-dessus d'Argeles Gazost.
PS: En 2007 les choses ont changé. Les "glaciers du Néouvielles" encore présents sur nos cartes IGN ont complètement disparu, laissant la place à un vaste chaos de blocs granitiques.....(la photo
a été prise le 8 Septembre 2007 et montre l'itinéraire qui a été suivi par les 2 hommes depuis la brèche (invisible à droite de l'image) jusqu'au sommet, à gauche en arrière plan)