Ramond et Picot de Lapeyrouse

Les grands pyrénéistes du passé sont certes mûs par leur soif de connaissance et leur émerveillement naturel, mais ils sont aussi, comme vous et moi, sujets aux passions et rivalités de toute sorte.
Le fameux "voyages au mont-perdu" de Ramond de Carbonnières fait ainsi apparaître la rivalité qui l'oppose à Philippe PICOT de Lapeyrouse, le vaincu du Mont-Perdu.
Ramond, l'homme de Strasbourg et de Paris, est intrigué, lors de son premier séjour barégeois, par la présence de montagnes calcaires de plus de 3000m de hauteur. Mais le voilà bientôt remonté à la capitale faire de la politique.
Vite dépassé par la tourmente de la république naissante, il manque y perdre sa tête. Il se replie alors prudemment en Bigorre, avec une seule idée: conclure son étude géologique par l'ascension du Mont-Perdu: y trouver des fossiles marins pour prouver l'origine sédimentaire du massif.
Le toulousain Philippe Picot de Lapeyrouse, maire, créateur du jardin des plantes et du muséum voit rouge: Il achève à 53 ans une carrière de géologue et botaniste; il a parcouru les fonds de vallées pyrénéens, et voilà qu'un jeune blanc bec venu de la capitale devient la coqueluche des salons, avec ses récits et ses théories.
Lapeyrouse commence à répandre des doutes sur la compétence et les mérites de Ramond.
Rusé, Ramond l'emmène en montagne durant l'été 1797. L'objectif officiel est de le convaincre en lui montrant des fossiles. Ils approchent le Mont Perdu par le Nord, par la brèche de Tuquerouye, au fond du cirque d'ESTAUBE. Atteindre cette brèche impose de franchir un couloir bien raide, d'environ 400 mètres, et rempli en ce temps là d'un petit glacier. Or si Ramond connait les Alpes, Lapeyrouse se trouve désemparé dès qu'il met le pied sur la neige. On lui prête des crampons, mais en vain. "Ce secours lui est aussi étranger que les lieux qui obligent d'y avoir recours" écrit négligemment Ramond. Il lui fait bientôt rebrousser chemin, "pour son salut", comme il l'écrit, et le laisse, suprême humiliation, au pied de couloir sous la protection d'un guide. Ensuite, Ramond raconte son escalade en avec force détail sur les dangers surmontés. Il découvre le lac Glacé au pied de la face nord, il revient avec de beaux fossiles et décrit un Lapeyrouse qui, en bas, ne ramasse que des fleurs communes…Bref c'est un naufrage pour le savant toulousain, et Ramond a la voie libre pour être seul au sommet en 1802. Et certes, il avait vu juste: le massif du Mont-Perdu est bel et bien calcaire. Mais n'oublions pas que les vrais vainqueurs du Mont-Perdu sont les guides Rondo et Laurens, arrivés au sommet 3 jours avant Ramond, le 6 août 1802.
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