Vincent de Chausenque

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Ceux d'entre vous qui ont fréquenté le Néouvielle connaissent la brèche de Chausenque, ce passage sur la crête Nord où passe la voie normale. Comme vous vous en doutez, elle doit son nom au premier vainqueur du sommet, Vincent Chausenque, un jour de juillet 1847. Mais réduire la contribution de Chausenque à ce seul haut fait serait faire injure à sa mémoire, tant fut monumentale sa contribution au pyrénéisme de l'ère romantique.
Monsieur de Chausenque voit le jour à Gontaud, dans le Lot et Garonne, en Avril 1782. Découvrant les Pyrénées à 11 ans, il y reviendra inlassablement. Elevé à Sorèze, il a le goût pour l'histoire, la botanique et la géologie. Lieutenant du génie, il est nommé à Bayonne à 22 ans. Il y effectue sa première ascension pyrénéenne, c'est la Rhune, ce magnifique belvédère de 900m au pays basque.
Envoyé en service à Lourdes, il fait toutes les excursions classique de l'époque. Il montera même de nuit au pic du Midi pour assister au lever du soleil. Et oui, en ce temps là, le lever du soleil était à la mode, pas le coucher! C'est à cette époque qu'il rencontre Ramond aux cascades d'Escoubous, et s'entretient avec lui des possibilités d'ascension du Néouvielle. Il lui faudra attendre 40 ans avant d'en atteindre le sommet. A 30 ans, il part dans les Alpes, et nous le perdons de vue durant 10 ans. Puis il revient à la quarantaine, et refait avec sa femme et sa fille les excursions de sa jeunesse. Il monte sur la plus haute pointe française du Vignemale, qui porte aujourd'hui son nom. C'est alors qu'il entreprend une exploration quasi systématique des Pyrénées françaises. Le piémont, et surtout la partie Est de la chaîne, du Canigou au montagnes du Couserans en passant par le Montcalm entrent enfin dans la littérature pyrénéiste, jusque-là cantonnée aux massifs de Bigorre et du luchonnais. Marcheur plutôt que grimpeur, amateur de panoramas plutôt que de sommets, Chausenque sait allier la rêverie poétique et la description minutieuse. Russell l'appellera plus tard "son maître", et à ce titre, Vincent Chausenque peut être considéré comme l'homme de transition entre deux époques. Entre Ramond et Russell. Comme Ramond et le Mont-Perdu, ou Russell et le Vignemale, Chausenque sera fasciné toute sa vie par le Néouvielle. A 65 ans, il parviendra enfin au sommet. A 72 ans, il réédite son livre. 1000 pages qui sont la seule description sérieuse de l'époque de l'ensemble des Pyrénées françaises. Reconnu par ses pairs, président d'honneur de la société Ramond à 85 ans, il mourra un an plus tard, laissant son nom dans la belle histoire des Pyrénées.
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